Critique - The Artist - Un film de Michel Hazanavicius

Publié le par GeeKonTunes

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Dans un premier temps en Sélection Officielle, mais Hors-Compétition le nouveau film de Michel Hazanavicius (La classe américaine, OSS 117, le caire nid d'espions et OSS 117, Rio ne répond plus) suscitait déjà toutes les convoitises. Une semaine et demie plus tard arrive un communiqué de presse. Le film sera tout compte fait en compétition. Revirement de situation plutôt inhabituel, il faut l'avouer. A partir de cet instant, les images débarquent sur la toile avec tout d'abord les premières photos du film, puis l'affiche et enfin la bande-annonce. 

 

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Il y a des films comme cela qui vous marque dans votre vie, des images qui resteront à jamais graver dans votre mémoire, des mélodies aux sonorités familières qui deviendront au fil du temps un doux accompagnement vital. The Artist est avant tout un projet ambitieux bien loin des précèdents films du réalisateur. Tout d'abord, le film est muet et en noir & blanc. Produire, distribuer, réaliser un film de cette manière à l'époque du 3D Numérique est un véritable pari, un challenge que l'on se lance à soi-même, mais également aux spectateurs du monde entier. Êtes-vous prêts à revenir aux origines du cinéma? Le choix de cette esthétique n'est pas un caprice de jeune réalisateur prétentieux et habile. Jean Dujardin, dans un entretien accordé à Allociné, disait que Michel Hazanavicius avait, à l'époque des OSS 117 déjà, d'écrire et de réaliser un film en noir & blanc. Pour se faire, il s'est entouré des meilleurs. Thomas Langmann à la production, Warner Bros à la distribution, Jean Dujardin, Bérénice Béjo, John Goodman devant la caméra. Le cinéaste le mieux armé du monde. 

 

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Le film raconte l'histoire de George Valentin (Jean Dujardin) alors grande star du cinéma muet. Nous sommes en 1927. La gloire lui sourit, les femmes aussi. Néanmoins à cette époque, les producteurs tentent de trouver un moyen pour ramener les spectateurs dans les salles. Arrive alors le son. George Valentin refuse de se soumettre à ce système et décide de réaliser et de produire seul son film muet. Malheureusement, le succès ne sera pas au rendez-vous et sa carrière tombera en ruine. Juste avant de sombrer, il fait la rencontre de Peppy Miller (Bérénice Béjo), jeune figurante. L'arrivée du parlant sera pour elle une aubaine puisqu'elle atteindre le firmament de la célébrité à Hollywood. Une descente aux enfers pour les uns, un ticket pour le paradis pour les autres. 

 

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Il est rare de voir des films traitant de cette transition cinématographique entre le muet et le parlant. Ce n'est pas un hasard si le réalisateur a basé son film en 1927 puisque c'est à cette époque qu'est sorti sur les écrans Le chanteur de jazz réalisé par Alan Crosland et distribué par Warner Bros. En effet, ce dernier est le premier film chanté de l'histoire du cinéma. Pour la petite note historique, c'est Warner Bros qui a instauré pour la première fois le son dans l'une de ses salles de cinéma. The Artist est une véritable déclaration d'amour entre deux êtres, mais également au cinéma. Du point de vue du dispositif scénique, Michel Hazanavicius adapte sa mise en scène et son montage à celui de l'époque. Ainsi durant la première séquence du film, qui est en fait un film dans le film, le montage, les coupes rappellent celui du cinéaste russe d'Eisenstein à la même époque, il en est de même pour l'usage qu'il fait de la musique, sorte de faire-valoir de l'action.

 

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Le personnage de George Valentin (ressemblant de très près à Maurice Chevalier, acteur français ayant connu la gloire aux Etats-Unis à la même époque) est en lutte permanente avec lui-même, avec le système. La parole est non seulement un enjeu technologique, mais surtout économique auquel le personnage refuse d'y associer son amour du cinéma, car avant tout faire un film, c'est le faire hors des carcans financiers ou autre. Nous en avons une preuve très net lors de la première séquence du film. George Valentin interprète une sorte d'agent secret qui refuse de se soumettre à la torture et qui hurle qu'il refuse de parler. Il en sera ainsi durant toute la durée du film. Michel Hazanavicius met en scène deux types de corps. Tout d'abord celui qui refuse d'évoluer et de se doter d'une nouvelle fonction (George) puis celui qui refuse de n'être qu'un corps et qui veut se doter d'une arme supplémentaire (Peppy). 

 

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Le film n'est seulement une comédie. Le réalisateur parvient à doser avec brio les moments de joie, de tristesse, de mélancolie et ce jusqu'à la fin. Michel Hazanavicius ne s'amuse pas à tenter de faire comme un film muet. Son travail est totalement ancré dans l'esthétique et le système de mise en scène de l'époque. Les cartons ne sont pas si nombreux que cela et nous sommes guidés à travers l'histoire grâce aux deux acteurs qui sont tout simplement très bons. Jean Dujardin adopte par moments certaines mimiques digne d'un OSS 117, mais on passe rapidement outre. Quant à Bérénice Béjo, elle parvient à tirer son épingle du jeu quitte par moments à voler la vedette à notre Jean Dujardin national. Même les seconds rôles parviennent à trouver une forme de liberté à l'image de l'acteur John Goodman interprétant un producteur aux allures de David O'Selznick. C'est également ça le travail de Michel Hazanavicius. C'est rendre hommage à toute une histoire de poésie, de films, de séquences. Il n'est donc pas étonnant de voir quelques clins d'oeils malicieux à certains grands films de l'Histoire du cinéma comme All About Eve de John Mankiewicz ou alors Chantons sous la pluie de Gene Kelly et Stanley Donen. 

 

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Michel Hazanavicius filme une histoire d'amour entre deux époques de cinéma, celle du muet et corporel et celle du parlant immobile. L'orgueil, le pouvoir, la gloire seront comme des barrières qu'il faudra franchir une à une. Récit mené avec brio jusqu'à cette séquence de fin brillante dans laquelle Peppy Miller trouve la solution pour que la carrière de George redémarre en trombe. Ils proposent à leur producteur un film dansant, sorte de pré comédie musicale. Dans un ballet final durant lequel tous les cinémas s'unissent, le film se clôture sur la seule et unique phrase parlante du film : "Tu peux nous la refaire?" suivi d'un "Action". 

 

Toute l'histoire du cinéma réunie en une seule phrase. 

 

Sortie du film le 19 octobre 2011 

 

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Publié dans Cinema

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